De Maria Eugênia Nabuco: sobre Pratiques Institutionnelles et Pratique Psychanalytique, na Sorbonne.

16/07/2009 19h09

COLLOQUE FRANCO BRÉSILIEN

Politiques sociales, Politiques éducatives et Pratiques institutionnelle au Brésil

Table Ronde
PRATIQUES INSTITUTIONNELLES ET PRATIQUE PSYCHANALYTIQUE

Séance présidée par
NABUCO Maria Eugênia, Psychanalyste attachée à l’Hôpital de Meaux,
chargée de cours à l’Université René Descartes-Paris 5.

Cette table ronde pose deux questions préliminaires : Pour quelle raison les sociologues ont-ils été motivés pour nous inviter, nous les psychanalystes, pour participer à ce Colloque ? Et pourquoi les psychanalystes ont-ils aussi été motivés pour répondre à cette invitation ? Il est vrai que nous réfléchissons rarement ensemble, comme si nous n’avions pas des inquiétudes communes.

En lisant le programme du Colloque, nous avons mieux compris pourquoi nous nous sommes choisis : il y a dans ce programme un espace social contemporain bien délimité par où se déplace le sujet, dont les conséquences, qui ne vont pas de soi, posent la question de la problématique de la construction du social et de ses institutions.

Emile Durkheim dans sa correspondance avec son neveu Marcel Mauss – (1898-1899), posait la question de savoir ce qu’était un «fait social». Jacques Lacan dans son retour à Freud démontre l’existence d’une articulation logique entre le sujet de la parole et le lien social. Du point de vue de « l’Orientation lacanienne de la psychanalyse » (Jacques-Alain Miller), le lien social est abordé à partir de la structure du langage et du champ de la parole.

En réalité, l’être humain aborde le monde par le social et il y a ainsi une constance, une connexion entre ce qui est l’ordre social et la position subjective de tout sujet. Une liaison intime existe entre un fait social et le mode de fonctionnement de chaque sujet. Le social est un «fait» humain et sa construction n’est donc pas contradictoire avec la thèse de l’existence de l’inconscient.

Ce qui nous apprend la psychanalyse, c’est qu’il existe une diversité de positions subjectives de l’être qui se répartit selon différents modes d’être. Par exemple, nous trouvons des sujets qui sont à la fois dans la société et hors lien social. Une «précarité symbolique» (Hugo Freda) est là évidente. Cela montre bien que des dispositions psychiques font lien social et que celui-ci implique un «renoncement pulsionnel», selon le modèle éthique proposé par Freud dans son texte «Malaise dans la Culture». Ce renoncement est à la base de tout édifice social. Il est le ciment de sa construction.

La culture qui n’est pas distincte de la société est ce qui tient l’homme et le lien social est en dernier ressort une «formation humaine» qu’on peut prendre comme objet et circonstance psychique (Jacques Lacan 1938 - Les complexes familiaux). Une formation humaine peut, selon ce modèle lacanien, faire transmission puisqu’elle peut en outre faire discours. C’est particulièrement le cas de l’éducation et de ses institutions. Donc, la problématique dans notre civilisation contemporaine et dans ce qui touche l’homme, soit dans le champ de l’éducation soit dans le champ social, c’est ce qui concerne «une formation qu’on peut qualifier d’humaine ». C’est-à-dire une « formation humaine qui tend au lien social ».

Jacques Lacan, à partir du texte de Freud «Psychologie des foules », fait du collectif le sujet de l’individuel. Il affirme : l’Un ne va pas sans l’Autre. Le programme de la civilisation serait le passage de « l’Un » au collectif, avec tous les « effets de masse » qui peuvent advenir. Nous aurions sans cesse un mouvement asymétrique qui va de « l’Un» au « collectif » et vice-versa. Dans ce passage, la psychanalyse peut définir un champ possible d’intervention liée à la problématique du lien social car sa politique vise précisément la promotion du lien social.

Si l’exclusion et la ségrégation sociales, aussi bien que la violence scolaire ou même l’échec scolaire massif, constituent un des symptômes modernes du malaise de notre civilisation, la psychanalyse à côté d’autres disciplines, peut fonder et faire avancer une interrogation sur ce malaise même. Elle peut produire du «non savoir» sur ces questions, « orienter vers les points où défaillent les représentations, les discours entendus, les faux accords, les évidences mal fondées » (Philippe Lacadée). C’est en ce point qu’il y a symptôme et trace de ce qui s’inscrit dans le social.

Ainsi, les psychanalystes viennent échanger avec les sociologues qui sont en prise directe, eux aussi, avec des points de malaise de la civilisation. Ils se font partenaires d’un nouveau rapport interdisciplinaire, pour mettre en évidence « ce qui cloche » dans la politique sociale et dans la politique éducative du Brésil contemporain. Dans sa rencontre avec d’autres disciplines, la psychanalyse met sa pratique et ses inventions au service d’une « recherche à plusieurs»( Eric Laurent).

Notre table ronde sera l’occasion de démontrer comment la psychanalyse d’orientation lacanienne est tout à fait opérante pour y répondre en s’adressant prioritairement au sujet considéré comme « sujet éthique et sujet de droit » (Jacques-Alain Miller).

Voila pourquoi nous sommes si motivés par cette invitation de la part des sociologues. Si la sociologie est un « sport de combat » (Pierre Bourdieu), que nous puissions donc combattre ensemble, surtout pour un Brésil « civilisé » du point de vue de sa politique sociale et « éclairé » du point de vue de sa politique éducative !

Sorbonne, Paris.
23 de junho do 2005